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« Donner à voir, c’est être aveugle à ce qu’on est »

Cette phrase a subitement fait irruption en moi alors que je recherchais en vain, dans ma penderie, une veste coordonnée aux vêtements que j’avais choisis.

Ne suis-je en réalité que ce que je pense montrer de moi-même ou ce que l’autre croit percevoir de mon apparence ? En ce sens, où se trouve alors le réel de ce que je suis, lorsque recouvert du camouflage de mes vêtements, je m’identifie tour à tour aux représentations que je me fais de moi-même et à celles que l’autre me renvoie.

S’accepter c’est avant tout ne pas avoir d’attentes irréalistes ou excessives envers soi, c’est tolérer nos imperfections, apprécier ce que nous sommes réellement y compris dans les manques.

Accueillir comme une réalité ce qui est inévitable ici et maintenant. S’accepter dans ce que sont nos limites est un exercice difficile. Pourquoi ? Parce que c’est un travail de deuil, un deuil long et difficile lorsqu’il s’agit d’une partie de nous même, de nos capacités ou de notre autonomie. Elle nous confronte à cette réalité que seul le deuil nous rend plus facile à accepter. Renoncer à une partie de ses capacités, à son pouvoir de séduction tend à s’apparenter à un vœu de faiblesse pour certains ou une perte d’indépendance pour d’autres.

Pour autant, s’accepter n’est en rien se résigner, dès lors, il est nécessaire de béquiller solidement cette acceptation afin que, justement, elle ne vienne pas se transformer en résignation forcée. Ainsi c’est le vêtement qui vient ici supporter l’instabilité émotionnelle générée par la perte.

Il est vrai que la perception de son propre corps s’exerce avant tout par le regard de l’autre et c’est un exercice quotidien que d’avoir à le soutenir lorsque celui-ci vient souligner les imperfections corporelles manifestes. Ainsi, le regard que je porte sur ma différence est bien évidemment le résultat du regard que l’autre porte sur moi.

La différence physique nous renvoie brutalement à notre fragilité, aux imperfections que tout un chacun s’efforce d’oublier ou de ne pas voir. Si l’on considère que le vêtement est un langage muet à travers lequel nous envoyons des signaux sur notre identité, il peut tour à tour cacher un désarroi, souligner ses angoisses ou encore provoquer une réaction de rejet, de peur, de pitié ou d’indifférence.

Marqueur sociétal, le vêtement est l’évaluateur inconscient du statut social. Il influence le regard porté sur le comportement. L’image ainsi créée par le port du vêtement a nécessairement un impact tant sur le comportement que sur les actions : je n’agis pas de la même façon lorsque je porte tel ou tel vêtement, en ce sens, ce que je donne à voir n’est réellement de moi que ce que l’autre me renvoie.

Dès lors, quand donc suis-je moi-même ? La question semble bien complexe au regard de l’investissement du vêtement dans la construction du Moi.

Permet il l’acceptation de ce que je suis ou aide-t-il à la construction d’un Moi imaginaire et idéalisé ?

Winnicott précise que la base du sentiment d’existence chez chaque sujet, c’est le visage de la mère renvoyant comme un miroir la réponse à la question inconsciemment posée « qui suis-je ? ». Si par malheur ce visage ne répond pas ou se détourne, alors ce miroir devient une chose dans laquelle il est impossible de se regarder.

Se met alors en place le problème de l’identification : à partir de ce miroir brisé, comment l’enfant pourra-t-il ensuite construire sa propre expérience du handicap et inscrire sa différence dans son identité ? Le vêtement est ainsi vécu soit comme une affirmation, soit comme un refuge à ce que l’autre perçoit. Je m’habille, donc je suis… ou je ne suis pas ! Dans tous les cas, ce que je donne à voir de l’extérieur n’est il pas, en fait, que l’expression d’un désir ? Désir de ce que je pense être ou de ce que je veux cacher et donc, au final, d’un manque ?

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