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Le confort : garantie de sécurité ou prison dorée ?

Se vêtir implique toujours de choisir où positionner le curseur entre esthétique et confort. Mais au fond, qu’est-ce réellement que le confort ? Et surtout, quel impact a-t-il sur nous et notre façon d’être ? Le psychanalyste Dominique Michelena s’est penché sur la question.

Vouloir être n’est pas ce que nous sommes réellement

Revêtir cette double peau que sont nos vêtements n’a d’autres fonctions que de paraître, si tant est que nous allions nous confronter à l’autre, son regard, son appréciation, son jugement proche ou lointain. Dès lors que nous sommes protégés par une armure textile, nous recherchons cet attrait pour nous-même, cette image ainsi façonnée et à laquelle nous espérons ressembler. Le vêtement garantit un résultat espéré, tant sur l’autre que sur soi-même, un refuge autant physique que psychologique, une recherche sans cesse renouvelée d’un espace familier et confortable. Confortable parce que familier, plus précisément.

Si on ne choisit pas n’importe quel vêtement pour n’importe quelle occasion ou évènement, c’est avant tout parce que ce sentiment de confort est indispensable tant au niveau individuel, qu’au lien social. Le confort et donc « ce qui rend fort » n’est pourtant pas une donnée objective. Comme la réalité, il se crée dans le processus par lequel nous croyons le percevoir. Le confort est étymologiquement un secours, une aide, une consolation. Il assoit l’espace narcissique du sujet qui n’est pas uniquement un individu mais une relation.

Comme son nom l’indique, le confort conforte le sujet dans ce qu’il est.

Le confort conforte le sujet dans ce qu’il donne, ce qui le lie à l’autre, ce qu’il désire montrer et faire comprendre de lui-même. Cette zone «  confortable » se situe à plusieurs niveaux : physique et psychologique. Elle permet tout à la fois de supporter maux et douleurs et contribue à ce qu’on appelle aujourd’hui le « bien-être ». Ainsi protégé par ce confort vestimentaire, le sujet se confronte plus facilement à l’extérieur, tout en ressentant profondément l’impression subjectivée d’un abri maternel. Cet abri maternel, source de confort, de « bien-être » est le principe fondateur de la qualité de l’estime de soi, instauré dès le début de la vie entre la mère et l’enfant.

C’est ainsi que, grâce à cette impression de confort, de refuge, nous allons progressivement élaborer notre propre système de valeurs, de représentations et d’attitudes. Pour autant, cette élaboration va en se complexifiant du fait de la pluralité des modèles de sources et d’influences. C’est précisément ici que la notion de confort physique et celle de confort psychologique peuvent diverger : en effet, n’est il pas possible que nous demeurions alors dans un « inconfortable confort », mais pour autant rassurant au regard de ce que l’autre perçoit de nous, plongé dans ce cocon protecteur ?

Car enfin, une armure est-elle confortable ?

Oui et non, car même si elle peut provoquer gêne et douleurs, elle nous rend « plus fort » dans la confrontation à l’autre. Ainsi de cette armure, il est nécessaire de sortir un jour pour oser devenir et se construire une identité comme le papillon sort de sa chrysalide.

Le sentiment conscient d’avoir une identité personnelle se base possiblement sur deux interactions simultanées : la perception de l’unité de soi au sein d’un ensemble protecteur et la continuité de sa propre existence hors de la zone de confort. Cette continuité, c’est la certitude de rester le même en évoluant en dehors de ce champ protecteur. Ainsi, force est de constater l’importance de, progressivement, quitter cette zone « confortable » afin de parfaitement devenir soi.

S’il est, au fond, une expérience contradictoire et nécessaire à l’accomplissement du devenir et de l’estime de soi, c’est bien celle tout à la fois de la conscience pleine et entière des contours de sa zone de confort tout en acceptant l’apprentissage parfois douloureux de l’abandon progressif de cette dernière.

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