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« Mon partenaire particulier » : télé-réalité et handicap

The Undateables
The Undateables sur Channel 4

En mars prochain, une toute nouvelle émission de télé-réalité sera diffusée sur M6, « Mon partenaire particulier ». À l’instar de « L’amour est dans le pré », ce programme tend à faire rencontrer l’ « âme sœur » à des personnes en situation de handicap. Qu’en penser ? L’avis de notre chroniqueuse Lydie Raër.

Contactée pour participer à une télé-réalité relative au handicap 

Il y a plusieurs mois de cela, une journaliste de la chaîne M6 m’a contactée par l’intermédiaire de mon ancien blog, et ce afin que je participe à une émission de télé-réalité. Déjà, ça sentait le roussi.

Dans son message, ladite journaliste m’avait présenté ce nouveau programme comme une émission, à la sauce « l ‘Amour est dans le pré », tendant à faire rencontrer le Grand Amour, non pas à des agriculteurs vivant dans la Creuse, mais à des personnes en situation de handicap. Surprise, offusquée, j’ai décidé de faire la sourde oreille tout d’abord. Je ne voulais pas écrire à cette brave journaliste un message incendiaire, ni la prendre de haut. En effet, je ressens une profonde aversion pour la télé-réalité. Néanmoins, cette journaliste était du genre coriace et est parvenue à me contacter via ma messagerie personnelle. Pas le choix. Il fallait répondre.

Ainsi, par politesse, je lui ai écrit en retour. Pour résumer, je lui ai signifié que je n’avais pas besoin de passer par une émission de télé-réalité pour rencontrer quelqu’un, et je lui ai, bien entendu, fait part de mon opinion concernant ce genre de programme.

Un remake d’une émission venant d’Outre-Manche

Dans son courriel, la journaliste m’avait joint une vidéo. Il s’agissait d’un épisode de la première saison de l’émission « The undeatable », diffusée en Grande-Bretagne sur la chaîne Channel 4 (qui a récemment lancé la chanteuse amputée Viktoria Modesta et n’en était déjà pas à son coup d’essai avec ce type de programme). En effet, « Mon partenaire particulier » serait largement inspiré de ce programme britannique.

Si mes souvenirs sont bons, il y avait une jeune femme trisomique, un jeune homme autiste, une jeune femme bisexuelle (enfin une émission non hétéro-normée ! C’est déjà ça!) souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette.
Dans cet épisode, on faisait connaissance avec les candidats, apprenions leur pathologie. Ensuite, nous les suivions dans les prémices de leur conquête du Grand Amour, que ce soit par l’intermédiaire d’une agence matrimoniale ou bien d’un site de rencontres sur Internet.

Hormis la candidate ayant le syndrome de Gilles de la Tourette qui tentait de retenir ces « Shit »  « Penis » « Vagina » lors de son premier rendez-vous galant et qui est parvenue à me décrocher un sourire, je me sentais vraiment mal à l’aise en visionnant le reste de l’épisode. J’avais l’impression d’être dans un épisode de Corky rempli de bons sentiments, voire de de mièvreries. Les candidats atteints de troubles mentaux y étaient infantilisés à la fois par ces Cupidons de carton pâte des agences matrimoniales et par leurs parents. À vomir !

À la fin de l’épisode, je me suis dit : « Pourvu que M6 soit contrainte d’annuler le tournage de cette émission faute d’être parvenue à amasser suffisamment de candidats ! ». Malheureusement, ce ne fut pas le cas… Besoin de reconnaissance ? D’avoir son quart-d’heure de gloire ? Réelle conviction que ce navet télévisuel va permettre de faire évoluer les mentalités ?

Une émission voyeuriste

Contrairement à ce que vantent publiquement les producteurs de ce programme, il s’agit d’une émission voyeuriste visant à faire de l’audimat (qui fait déjà polémique, avant même sa diffusion). En effet, bien que ce programme mette sur le devant de la scène des personnes en situation de handicap, cela ne va nullement faire évoluer les mentalités, de manière positive.

Certes, on y parle d’amour et de handicap. Certes, les personnes en situation de handicap ont le droit de mener une vie affective et sexuelle. Cependant, pas à tous les prix. Et surtout pas en se ridiculisant de la sorte dans un programme de télé-réalité.

Je m’adresse aux candidats, ne vous êtes-vous jamais moqués de Thierry, le candidat, très tactile et ayant un accent normand très prononcé de « L’Amour est dans le pré » ou bien de Nabilla avec son célèbre « tu n’es pas une fille si tu n’as pas shampoing » ? Probablement, car il s’agit de personnages caricaturaux ! Bien que je n’ai pas encore visionné des extraits de « Mon partenaire particulier », je parie fortement que vous y serez présentés de manière stéréotypée. Vous y serez réduits à votre handicap !

Un conseil : sortez, vivez et ne vous auto-censurez pas !

J’imagine qu’il y a deux cas de figures parmi les participants de ce programme, c’est-à-dire ceux menant une vie sentimentale chaotique, voire inexistante et ceux voulant leur quart-d’heure de gloire.

Aux premiers, je leurs conseillerais de cesser de considérer que leur handicap est la cause de tous leurs maux. Tout d’abord, je l’admets. Il est moins aisé de séduire lorsque l’on est situation de handicap. Pour ma part, il m’est arrivé que des personnes soient attirées par moi mais que ces dernières n’assument tout simplement pas le fait d’être attirées par une personne avec un handicap. Et alors ? La vie continue !

Oui, on peut plaire, séduire tout en étant en situation de handicap. À vous de mettre toutes les chances de votre côté : sortez, soyez acteurs de votre vie, prenez confiance en vous et cessez de penser que personne ne s’intéresse à vous à cause de votre handicap ! C’est vous, et votre comportement, qui y êtes pour quelque chose. Soyez responsables.

Aux seconds… Je vais probablement parler comme une bobo-snob-gauchiste… Honnêtement, à quoi cela sert d’être reconnus pour le simple fait de passer à la télévision ? Accomplissez quelque chose et ayez la dignité d’être reconnus pour vos qualités, les choses que vous avez accomplies. Par pitié, pas la télé-réalité.

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4 commentaires

  1. Mademoiselle,
    Je crois que vous n’avez pas compris le concept de cette émission.
    C’est un documentaire qui parle d’hommes et de femmes qui recherche l’ amour. On y parle de leur caractère, de leurs passions, de leur métier, de leur proches et oui de leur handicap car ça fait partie de leur vie.
    Nous sommes tous en quête de l’ amour et nous sommes tous un peu handicapés face à cette recherche, que ce soit à cause d’une timidité, d’une histoire familiale difficile ou à cause d’un physique disgracieux.
    Est ce du voyeurisme quand je parle de ma passion pour les orchidées et que j’ emmène le journaliste dans une expo ? Ou de mon métier de maquilleuse?
    Rien à voir avec de la télé réalité mais je comprends qu’à 22 ans on pense tout savoir et qu’ on juge sans connaître la chose. Nous avons vous et moi la même maladie mais je pense personnellement que votre handicap se situe dans votre étroitesse d’ esprit et je vous plein demoiselle.
    Bien cordialement.

    1. Bonjour Madame,
      Comme l’explique Lydie dans cet édito, elle a été elle aussi contactée par la production de l’émission. Elle a donc été parfaitement informée du contenu potentiel du programme, avec vidéos de la version originale anglaise à l’appui. A partir de ces informations, qui sont à priori les mêmes que celles qui vous ont été communiquées par la production, Lydie nous fait partager son point de vue, tout à fait argumenté et intéressant à notre avis, et qui mérite autant de respect que le vôtre.
      Bien sûr, montrer aux téléspectateurs du programme votre passion pour les orchidées n’a rien de « voyeur »… mais cette passion n’est pas le sujet du programme, n’est-ce pas ?
      Cover-dressing respecte la pluralité des expressions (et attache beaucoup d’importance au respect de ses auteurs, même dans les commentaires de nos lecteurs, sachez-le !). Aussi la rédaction vous propose-t-elle de publier votre propre édito, exprimant votre point de vue avec force et arguments. Votre commentaire offensif nous permet effectivement, de supposer que vous n’en manquez pas. Nous sommes donc impatients de vous lire. Bien Cordialement. La rédaction

  2. Bonjour Lydie,

    Je suis très étonnée de ce post de votre part, vous qui, au travers de votre blog (que j’ai lu et apprécie), agissez en faveur d’un discours plus libre (et d’ailleurs, pour l’existence d’un discours tout court) autour de la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap.
    Partir du principe qu’une émission diffusée en prime time sur une grande chaine ne changera pas les mentalités est un contresens. Vous êtes bien placée pour savoir que le thème du handicap est pour ainsi dire absent du monde médiatique, hormis dans des reportages portant sur des sujets plus « techniques » et clivants (accessibilité, accès au soins, aides sociales…) qui touche seulement les personnes déjà sensibilisées. Et où, justement, les personnes témoignant sont réduites à leur handicap et aux revendications liées à celui-ci. Quelles que soient sa forme et sa réception auprès du public, le simple fait de replacer le handicap dans le paysage médiatique va déjà ouvrir des yeux, sensibiliser, et donc par définition faire évoluer les mentalités. Car le principal problème vis-à-vis du handicap aujourd’hui, c’est justement qu’on en détourne les yeux.

    La recherche de l’amour touche tout le monde, et il n’est pas nouveau que parler de sujets rassembleurs est le meilleur moyen de se faire écouter. D’ailleurs, l’amour n’est pas un thème sale ou voyeuriste. C’est un sujet depuis toujours omniprésent en télé, comme en littérature, cinéma, musique, ou toute forme d’expression des préoccupations humaines. Pourquoi craignez-vous que les témoins de « Mon partenaire particulier » soient réduits à leur handicap, alors que précisément, pour une fois, ils prennent la parole sur un sujet universel ? Et surtout, pourquoi supposez-vous que les personnes témoignant seront stéréotypées, moquées, comme Thierry et Nabilla? Qu’elles ne sont motivées que par leur naïveté ou par l’envie d’un quart d’heure de gloire? Vision tristement cynique…

    La télé n’est pas qu’une machine à tourner d’honnêtes gens en ridicule, à broyer des victimes pour produire du spectacle. C’est aussi, souvent, une fenêtre vers d’autres pans de la société, d’autres réalités que la notre. A nous de choisir la réalité que nous voulons découvrir : celle des Anges et des Chtis, ou celle d’autres personnes susceptibles de nous enrichir. Le témoignage sert à cela: c’est un simple outil, et il est ce qu’on en fait. Ce sont les témoins, et leur discours, qui font qu’un sujet sera matière à documentaire ou à télé-réalité.

    Les témoins, et également le public: car le ridicule, le malsain, le voyeurisme, n’existe que dans les a priori et les perceptions des spectateurs qui regardent et jugent. Ou qui jugent sans regarder. Car j’ai vu les premières images de l’émission: il ne s’agit pas de télé-réalité mais de personnes qui ouvrent au reste du monde une fenêtre sur leur existence, que la plupart des Français ne soupçonnent pas, ou s’imaginent toute autre. L’ignorance est mère de fantasmes, tabous et clivages sociaux. Reprenez confiance en les autres, le monde n’est pas forcément si bête et méchant que celui que vous dépeignez dans cet article, et certains ici-bas ont encore de bonnes intentions…

    J’espère que vous changerez d’avis lorsque vous visionnerez l’émission.
    Par ailleurs, merci pour votre blog plein de franchise et d’humour.

    Bien à vous,

    Lucie

    1. Merci Lydie!!! Ce sont les personnes comme vous qui me réconcilient avec l’humanité!! Nous avons besoin de tolérance et de confiance. Pour moi qui travaille au quotidien avec des personnes en situation de handicap mental depuis 20 ans, c’est une très bonne chose qu’on donne enfin à voir au monde que nous sommes tous des humains et que nos besoins et nos désirs se ressemblent terriblement. Bien entendu cette émission ne suffira pas à changer le regard de la société demain mais elle contribuera de toute façon à le faire évoluer.
      Bonne soirée!!

      Sonia

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